Sur l’échafaud. Histoires de larrons et d’assassins (1721-1766)

risque

Thomas-Simon Gueullette

présenté et annoté par PASCAL BASTIEN, Paris, Mercure de France, 2010, 331 pages.

Thomas-Simon Gueullette est un étrange personnage. Avocat au Châtelet de Paris, puis substitut du procureur du roi, ce juriste de bonne réputation a passé sa vie (1683-1766) à collectionner textes, journaux, livrets, documents, opuscules et autres gazetins de son temps, qu'il commentait de nombreuses notes et réflexions personnelles. L'histoire littéraire lui doit quelques recueils de contes amusants (Les Soirées bretonnes, Les Nouveaux contes de fées, Les Mille et un quarts d'heure), une soixantaine de pièces de théâtre dont plusieurs farces à grand succès, La Confiance des cocus ou Arlequin Pluton.
Ce grand rabelaisien s'est également passionné pour les affaires criminelles de son temps aux premières loges, placé au coeur de la machine judiciaire d'Ancien Régime. Sa curiosité l'a conduit à conserver dans une collection personnelle des centaines de placards, mémoires, brochures, sur toutes les histoires criminelles dont il était souvent le témoin direct. Ensuite, menant un véritable travail d'enquête, et relatant ses impressions sur le vif, Gueullette a reconstitué la plupart des destins de voyous, de scélérats, de blasphémateurs, d'assassins du milieu du XVIIIe siècle, depuis les faits criminels jusqu'à la peine infligée publiquement sur l'échafaud (écartèlement, roue, pendaison, flagellation), en passant par les circonstances et les procès.
Ces "Notes sur les assassins et les supplices" nous font donc pénétrer pour la première fois, de l'intérieur, dans l'univers fascinant du crime et de la violence du Paris agité du règne de Louis XV. De façon concrète, vivante, suivant la plume alerte et informée d'un écrivain sachant faire récit des travers de son temps, qui est en même temps un professionnel de la justice et une sorte de détective, nous voici entraîné jusqu'au supplice infligé en place de Grève, dans une ville qui se passionne pour les grandes et les petites affaires de crime. On y croise quelques figures célèbres, tel Damiens, écartelé en 1757 pour avoir poignardé le roi, mais surtout le peuple ordinaire des violences et des peines, beaucoup de femmes, quelques nobles, ou même des suicidés que les juges condamnent quand même, déjà morts, à être pendus par les pieds puis jetés à la voirie « comme indigne de la sépulture chrétienne ».